LA GRANDE HISTOIRE DU TEMPRANILLO BLANC ET SON CHAPERON JUAN CARLOS SANCHA

L’ampélographie est une vaste discipline couvrant la science et l’histoire de la culture de la vigne. Avec 10 000 variétés connues, l’univers des cépages est aussi en constante évolution. On vient même de découvrir au Chili une parcelle d’un cépage ligérien qu’on croyait perdu : le Chaudefond.

Plusieurs facteurs peuvent être à l’origine d’une nouvelle variété de raisin.

La main de l’homme et son savoir-faire en botanique peuvent créer une nouvelle variété par croisement ou hybridation. Par exemple, le pinotage est un croisement du botaniste Abraham Perold entre le pinot noir et le cinsault qui a été réalisé en 1925 ; le vidal, lui, est une hybridation entre l’ugni blanc et le rayon d’or, créé en 1930 par Jean Louis Vidal.

Un croisement naturel de deux cépages dans le vignoble peut aussi arriver. Par exemple, le cabernet sauvignon est issu d’un croisement naturel qui aurait eu lieu dans le vignoble bordelais entre le cabernet franc et le sauvignon blanc.

Il se peut aussi qu’une vigne mute génétiquement de manière naturelle. Une vigne qui donne des raisins à peau noire (dans le jargon, bien que l’on parle de vin rouge, on qualifie la peau de la vigne par le qualificatif « noir ») peut, à la suite d’un changement génétique naturel, commencer à donner un raisin avec une pigmentation plus faible. Ainsi, le pinot gris vient d’une mutation pigmentaire du pinot noir et ce, même pinot gris nous a ensuite donné le pinot blanc après avoir muté. Idem pour le grenache gris avec le grenache noir. Une fois ces mutations constatées, la vigneronne décidera ou pas de conserver le bagage génétique de cette vigne en créant des boutures de celles-ci et en les replantant. C’est à partir de ce moment qu’un nouveau cépage nait.

Les cépages que nous venons de mentionner se passent de présentation, car leurs mutations génétiques sont maintenant centenaires et que leur culture est établie sur la planète vin.

Mais qu’en est-il du tempranillo blanc?

Encore peu connu hors du milieu de la sommellerie, le tempranillo blanc est un jeune cépage issu d’une mutation génétique du tempranillo noir. Ce dernier est le cépage noir le plus planté d’Espagne avec plus de 207 000 ha. Il règne en roi et maître sur plusieurs appellations d’Espagne, notamment dans la mythique vallée de la Rioja où il représente 80% du vignoble avec plus de 50 000 ha planté.

En 1988, dans la Vallée de Murillo Leza dans la Rioja Oriental (anciennement Rioja Baja), Jesús Galilea Esteban remarque qu’une vigne de tempranillo noir a donné des grappes de raisins blancs. Le phénomène se reproduisant pour une seconde vendange, il prend contact en 1989 avec l’université de la Rioja pour leur proposer des boutures et en faire des clones. En 1993, après quatre ans de travaux, les recherches sur 100 clones sont concluantes : le tempranillo blanc obtient son statut de nouveau cépage. 2007 sera l’année de la consécration pour le tempranillo blanc alors qu’il devient un cépage blanc officiel dans le cahier de charge de l’appellation Rioja Blanco. De nos jours, le tempranillo blanc est le 2e cépage blanc en importance dans la région après le Viura qui est encore massivement planté.

Pour chapeauter la recherche et le développement du tempranillo blanc, l’université de la Rioja mandate les professeurs Juan Carlos Sancha et Fernando Martínez de Toda. En 1990, Juan Carlos Sancha travaille pour un pionnier de l’agriculture organique dans la Rioja, le réputé domaine Ijalba (dont les vins sont disponibles à SAQ).

Ampélographe émérite, Juan Carlos Sancha possède aussi 8 ha de vignes dans la Vallée de Najerilla (Rioja Alta). Une magnifique parcelle à flanc de montagne qui culmine à 565 m d’altitude. Ce laboratoire de recherche est l’endroit où il a planté son tempranillo blanc en 1997. Mais dans l’idéation de ce cépage rare, il y fait aussi pousser de la maturana tinta, du maturana blanca et un cépage si peu connu qu’il n’est pas encore au livre de l’appellation : le monastel de Rioja (à ne pas confondre avec le monastrell). Cette parcelle compte également des vieux grenaches centenaires; elle est cultivée de façon manuelle en lutte organique et est considérée comme étant parmi les plus fraîches de la Rioja.

Après avoir quitté ses fonctions chez Ijalba, Juan Carlos Sancha décide de commercialiser ses propres vins issus de son laboratoire de recherche et fonde la Bodega Juan Carlos Sancha. De façon artisanale (40 000 bouteilles par années), il vinifie de main de maître des cépages rares de la Rioja. Jéroboam est fier de représenter ses vins.

En ce moment, vous pouvez mettre la main sur son rarissime Tempranillo Blanco 2016, Ad Libitum au coût de 27,80$ en caisse de 6, en importation privée; la production annuelle atteint à peine 6000 bouteilles. Issu de vignes plantées en 1997, le vin est fermenté et élevé en cuve d’inox pour laisser ce cépage unique s’exprimer. À boire sans retenue pour les deux prochaines années.

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